Par Laure Bretton

PARIS (Reuters) – « Hyper éprouvant! » : Olivier Dussopt, député socialiste de l’Ardèche et benjamin de l’Assemblée nationale, termine sa première session parlementaire fatigué, mais se réjouit déjà de ferrailler contre le projet de budget de la droite à la rentrée.

A 28 ans pour encore une quinzaine de jours, le nouvel élu est pourtant loin d’être un débutant en politique, qu’il pratique à temps plein depuis sept ans – de la mairie d’Annonay au conseil régional de Rhône-Alpes en passant par le conseil général de l’Ardèche.

Pourtant quand la nouvelle de sa victoire aux élections législatives tombe au soir du 17 juin, « ça chamboule tout », confie celui qui, enfant, se voyait avocat ou enseignant.

N’y tenant plus, il téléphone en tout début de soirée au cabinet du préfet pour avoir les résultats avant l’annonce officielle. Pendant une vingtaine de minutes, il est le seul à savoir qu’il vient de faire basculer à gauche une circonscription réputée ingagnable, détenue par le maire d’Annonay, Gérard Wéber.

« Je me suis assis par terre et je me suis dit : ‘voilà, tu as ce que tu voulais depuis si longtemps », raconte Olivier Dussopt, toujours capable trois mois plus tard de réciter par cœur les résultats des 92 communes de sa circonscription.

Député, « à une exception près, c’est le mandat suprême », estime-t-il. « Et comme je n’ai pas envie d’être président de la République… »

Rompu aux joutes verbales grâce à ses années de militantisme au sein du Mouvement des jeunes socialistes et des assemblées locales, le député aux joues lisses qu’aucune ride ne traverse encore avoue toutefois se « faire suer » en séance publique.

Détenteur d’un DESS en développement économique et ingénierie territoriale après un diplôme de Sciences-Po, il préfère le travail en coulisses – décorticage de texte et préparation d’amendements – au sein de la commission des affaires économiques.

Il attend avec « assez d’impatience » la nouvelle session extraordinaire, en septembre, pour combattre un projet de loi de finances préparé par une « droite décomplexée et sans vergogne » qui « supprime l’ISF (…) et refuse de donner un coup de pouce au smic ».

Nicolas Sarkozy, « c’est Robin des riches : il prend aux pauvres pour donner aux favorisés », s’emporte le fils d’ouvrier.

LA RÉNOVATION DU PS, « C’EST DANS LA TÊTE »

Dans les couloirs de l’Assemblée, où la moyenne d’âge des élus dépasse 55 ans, Olivier Dussopt a trouvé les députés plutôt « bienveillants ». Une partie lui confie avoir des enfants de son âge quand d’autres lui rappellent avoir remporté leur premier mandat en 1978… l’année de sa naissance.

Après cinq semaines « intenses », il est particulièrement reconnaissant envers Henri Emmanuelli, dont il a « squatté » le bureau avant d’obtenir le sien, et Pascal Terrasse, député du sud de l’Ardèche, son « grand frère » en politique.

Ce dernier a été un fervent partisan de Ségolène Royal dans la course à l’Elysée alors qu’Olivier Dussopt, même s’il a voté pour la présidente de Poitou-Charentes lors de la primaire socialiste, a cessé de croire en sa victoire « après février ».

A l’heure où tout le Parti socialiste parle de refondation après les défaites du printemps, ce proche de Benoît Hamon, l’une des figures montantes du PS, entend « jouer un rôle dans cette histoire-là aussi ».

Tout en préparant les municipales de 2008 – il vise la mairie d’Annonay – Olivier Dussopt participera avec le député européen à la rédaction d’une « motion » – les programmes politiques soumis au vote des militants – en vue du prochain congrès du parti.

Les socialistes doivent « s’ancrer à gauche, au minimum » et avoir « un projet cohérent », estime celui qui assure ne pas avoir de « plan de carrière en interne ».

« Il faut arrêter les ajustements en permanence », intime le jeune homme, qui a peu aimé les critiques a posteriori de Ségolène Royal sur les 35 heures ou le smic à 1.500 euros, mesures pourtant intégrées dans son programme présidentiel.

Incarnation d’une nouvelle génération, il s’agace des « rénovateurs auto-proclamés » au sein du PS tout en refusant de donner des noms – « on ne peut pas tout résumer à des questions de personne » – et assure ne pas être mu par le jeunisme.

« La rénovation, ce n’est pas forcément un changement de génération, c’est dans la tête », assure le militant, qui trouve « bien » qu’on entende de plus en plus Bertrand Delanoë.

Après cette « année compliquée », le jeune élu en manque de parties de tennis et de soirées « entre amis qui ne parlent pas de politique » ne boude pas son plaisir de partir en vacances.

Au programme « souffler », « prendre le temps de ne rien faire » et tenter de terminer le pavé de Jonathan Littell « Les bienveillantes » commencé l’été dernier. Et surtout, dit-il en desserrant son noeud de cravate, « ne pas (s)e raser ».

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