Vous êtes désormais au Gouvernement depuis plus de 6 mois… Aucun regret ?

Aucun regret.  J’ai surtout la conviction d’être utile dans ce Gouvernement, dans la mesure où j’ai la charge, auprès de Gérald DARMANIN, de domaines importants : la fonction publique, la fiscalité et les finances locales. Je mesure l’ampleur de la tâche et la responsabilité qui est la mienne dans un contexte politique compliqué.

Vous menez les négociations pour réformer la fonction publique.  On vous qualifie de
« démineur »….

Si déminer signifie discuter et trouver des voies de convergence, cela me convient. J’en suis déjà à plus de 30 réunions avec les organisations syndicales pour trouver les bons équilibres sur les sujets de modernisation de la fonction publique que nous avons mis à la concertation. Sans aucun dogmatisme, les objectifs sont de simplifier et de renforcer l’efficacité de l’administration, car nous considérons qu’avoir une administration plus efficace, plus réactive, est la meilleure façon d’améliorer la qualité des services publics, et nous souhaitons le faire en accompagnant les agents tout au long de leur carrière professionnelle, notamment par la formation. Je rappelle que nous voulons moderniser le statut, pas le supprimer.

Geler le point d’indice des fonctionnaires pour 2019, n’est-ce pas lancer un mauvais signal en pleine négociation ?

Le point d’indice a été intégralement gelé de 2010 à 2016, y compris par celles et ceux qui aujourd’hui m’expliquent que c’est un scandale de le geler pour 2019. D’autres mesures, prévues par un protocole négocié par le Gouvernement précédent mais qui n’étaient jusqu’à présent pas financées, vont s’appliquer, comme la revalorisation de l’ensemble des grilles indiciaires applicables aux fonctionnaires ou encore la transformation de certaines primes en points d’indice.  Le coût de ces mesures s’élève à 840 M€ en 2019 pour les trois versants de la fonction publique. Pour vous donner un exemple, au terme du processus de reclassement prévu par ce protocole, un infirmier bénéficiera d’un gain de rémunération indiciaire brute annuelle de 1246€ et un professeur certifié de 1310€. Ces mesures sont très attendues par les agents publics.

La rémunération au mérite est aussi une piste avancée…

Oui, nous voulons la mettre en place, en précisant que le mérite peut être individuel et collectif. Un régime indemnitaire, mis en place en 2014, prévoit déjà des rémunérations au mérite mais pour une petite partie des agents publics seulement et sur une très faible part de leur rémunération, avec des conditions d’application qui sont extrêmement complexes et l’absence de réelle définition de ce que signifient l’engagement, le mérite, l’implication personnelle. Il s’agit désormais de se doter d’un véritable mode de rémunération au mérite.

Alors que le Président de la République doit dévoiler dans quelques jours un plan de lutte contre la pauvreté, les ménages les plus modestes ne sont-ils pas les grands perdants de la politique du Gouvernement depuis le début du quinquennat ?

C’est faux. Il faut permettre un meilleur accès aux allocations et aux minimas sociaux qui sont des outils de protection. Il faut savoir que près de 30 % des personnes qui ont droit au RSA ne le demandent pas. Le deuxième objectif est de faire en sorte que les allocataires de minimas sociaux soient réinsérés sur le marché de l’emploi. La conviction du Président de la République, que je partage, est que l’émancipation, l’accès aux droits, l’accès au logement passent par le travail. Par ailleurs, nous avons déjà pris un certain nombre de mesures comme par exemple depuis le 1er avril, l’augmentation de 35 euros du minimum vieillesse. Ou encore l’allocation d’adulte handicapé qui va augmenter de 50 euros à partir du 1er novembre.

N’êtes-vous pas la caution de gauche de ce Gouvernement ?

Le Gouvernement est composé de femmes et d’hommes qui viennent de la gauche, de la droite, du centre et de la société civile. Notre unique préoccupation est d’appliquer, dans son intégralité, le programme présidentiel d’Emmanuel MACRON. Dans le binôme que je forme avec Gérald DARMANIN, nous sommes probablement le meilleur exemple de ces horizons différents, et pourtant nous partageons cette même volonté de faire réussir la France.

Avec la suppression de la taxe d’habitation, comment les communes vont-elles récupérer de nouvelles ressources ? 

A la demande du Premier ministre Édouard PHILIPPE, la concertation est en cours avec l’ensemble des associations nationales d’élus. L’objectif est de trouver des ressources justes et durables, qui permettent aux collectivités de faire face à leurs besoins sans augmenter les impôts.

Et concernant les dotations de l’Etat aux collectivités locales ?

Le Président de la République a souhaité que l’on change de méthode avec les collectivités afin de ne pas baisser les dotations comme cela a été le cas de 2014 à 2017. En 2018, les dotations sont les mêmes qu’en 2017, elles ont d’ailleurs légèrement progressé même si l’évolution est différente d’une commune à l’autre selon des critères de répartition qui existent depuis 20 ans, en fonction de la population, des conditions économiques et sociales… Par exemple, en Ardèche, 67 % des communes ont vu leurs dotations progresser en 2018.

Quelle est cette nouvelle méthode ?

Nous proposons aux 322 plus grandes collectivités, comme les Régions, les Départements et des intercommunalités, de signer avec l’Etat un contrat de maîtrise de la dépense publique. Si nous avons choisi ces collectivités, c’est parce qu’elles représentent plus de 70 % des dépenses des collectivités. Ce contrat ne prévoit pas une baisse des dépenses mais de modérer leur hausse à 1,2 % pendant les trois ans qui viennent. Les collectivités signataires ont la garantie du maintien des dotations si les engagements sont respectés et d’un regard très bienveillant de l’Etat sur leurs projets d’investissements.

Des contrats financiers qui sont dénoncés par des élus…

Nous ne remettons pas en cause le principe de libre administration, et à aucun moment l’Etat ne fait de commentaires sur la nature des dépenses. A ce jour, plus de deux tiers des 322 collectivités ont délibéré ou délibèrent pour signer le contrat. Et d’autres, volontaires, qui ne sont pas dans les 322, ont décidé de s’engager comme la ville d’Aubenas par exemple.

Le PS vous a exclu dès que vous êtes entré au Gouvernement. Allez-vous adhérer à
LREM ?

La question ne se pose pas dans ces termes. Je suis membre de la majorité présidentielle et heureux d’y être utile. Dans ma campagne des législatives, j’avais rappelé mes valeurs de gauche. Mais j’avais aussi écrit que je souhaitais la réussite du quinquennat et participer à la réussite de la majorité présidentielle. Je suis donc cohérent dans mes actes et avec l’engagement pris devant mes électeurs.

Et vous êtes toujours attaché à Annonay…

Je suis toujours Annonéen, j’habite à Annonay. Je suis très attentif à ce qui se passe dans cette ville et en Ardèche.

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