Ce mardi, les fonctionnaires se mobilisent pour la troisième fois depuis le début du quinquennat. Quand ce gouvernement va-t-il faire des gestes en leur faveur ?

Manifester et exprimer des revendications est un droit que personne ne remet en cause. Mais je n’ai pas besoin de manifestations pour entendre les messages. Je reçois les syndicats très régulièrement, que ce soit dans le cadre des concertations ou dans des bilatérales…

Vous les entendez, mais ils vous demandent surtout de «faire»…

Nous avons ouvert une discussion d’un an sur plusieurs chantiers [rémunération au mérite, extension du domaine des contrats, formation et plans de départs volontaires, réforme des instances de représentation, ndlr] et un agenda social précis. N’anticipons pas les conclusions avant la fin des discussions. Cela dit, nous avons déjà pris en compte plusieurs propositions portées par les syndicats.

Lesquelles ?

Trois exemples. Avec Gérald Darmanin nous avons tout d’abord accepté d’avancer à la mi-juin le rendez-vous salarial prévu en octobre pour intégrer au budget 2019 les décisions prises. C’était une demande portée par huit des neuf organisations syndicales représentatives de la fonction publique. Nous y répondons. La CFDT nous a également demandé d’ouvrir une réflexion sur la question de l’attractivité des concours et du recrutement des titulaires. Nous avons dit oui : cela prouve qu’il n’y a aucune volonté de notre part de substituer un mode de recrutement (le contrat, ndlr) à un autre (celui sous statut, ndlr) pour l’ensemble de la fonction publique. Enfin, un sujet porté notamment par l’Unsa, nous allons agir sur la question de l’égalité femmes-hommes : une femme qui choisit un congé parental ne doit pas être victime d’un premier décrochage dans sa carrière. Cette question sera bien inscrite à l’ordre du jour de la concertation ouverte sur l’égalité femmes-hommes.

Certes. Mais quid de leur pouvoir d’achat ? Ce gouvernement a gelé le point d’indice, tout juste compensé la hausse de CSG, rétabli le jour de carence… Les fonctionnaires ont-ils torts de considérer qu’on leur demande plus qu’à d’autres depuis le début du quinquennat ?

Les périodes de gel du point d’indice ne datent pas de ce quinquennat. Mais je le répète : une augmentation du point n’est pas le choix du gouvernement pour traiter des questions salariales. Lorsqu’on augmente le point d’indice de 1%, cela coûte 2 milliards d’euros et représente à peine 15 euros par mois pour un agent à 2000 euros nets. Certaines organisations syndicales me demandent d’augmenter le point d’indice de 16%. Soit 32 milliards d’euros. C’est complètement infaisable, plus encore compte tenu de la situation de nos finances publiques. Si nous ne souhaitons pas procéder à une augmentation du point d’indice qui est une mesure très coûteuse et qui a finalement peu d’effet tangible sur le traitement des agents pris individuellement, nous sommes prêts à travailler à des hausses catégorielles ciblées avec un vrai impact. Par ailleurs, je rappelle que le protocole PPCR recommencera à s’appliquer à partir du 1er janvier 2019 et se traduira par des hausses salariales.  Quant à l’augmentation de la CSG, la compensation est intégrale.

Sauf que la promesse du candidat Macron était un «gain de pouvoir d’achat»…

Aujourd’hui, la compensation est intégrale. Après, il y a certainement des choses à regarder pour certains agents. Et pour ce qui est de la question du pouvoir d’achat, nous avons dit que nous étions ouverts à des discussions pour mieux accompagner, valoriser un certain nombre de métiers.

Lesquels ?

Nous allons en débattre avec les organisations syndicales. Nous attendons leurs propositions.

Le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a notamment parlé des infirmières…

La situation dans la fonction publique hospitalière est particulière. Ma collègue Agnès Buzyn, ministre de la Santé, doit annoncer un plan pour l’hôpital dans les prochaines semaines et le président de la République souhaite que nous y consacrions des moyens particuliers. Il nous faudra articuler tout cela.

Allez-vous pouvoir y consacrer une partie des recettes supplémentaires obtenues grâce au retour de la croissance ?

Chaque chose en son temps. Les arbitrages budgétaires sont prévus à l’été. D’ici là, nous aurons une connaissance plus précise du taux de croissance et du niveau des recettes prévisionnelles pour 2018 et 2019, mais nous avons pris l’engagement de ne pas recycler les suppléments conjoncturels de recettes en dépenses. Nous regarderons l’ensemble des demandes à l’aune de ces éléments. Je reçois des messages me demandant de «faire comme l’Allemagne» et d’augmenter le traitement des fonctionnaires de 7,5% sur trois ans. Je rappelle une chose toute simple : l’Allemagne présente un excédent budgétaire de 36 milliards d’euros, la France un déficit annuel de 70 milliards d’euros…

C’est aussi un choix politique… Ce gouvernement a d’abord réduit les impôts des très riches avec la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, la mise en place d’une flat-tax de 30% sur les revenus du capital, le tout pour près de 5 milliards d’euros…

Il y a d’autres engagements qui ont été pris et tenus comme la revalorisation de l’allocation adulte handicapé (AAH) et du minimum vieillesse ou le seront comme la suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires. Il faut tenir les deux bouts de la corde.

De la «cordée» comme dirait le chef de l’Etat ?

(Sourire)  C’est la même idée !

Le gouvernement s’est fixé un objectif de 50 000 fonctionnaires d’Etat en moins sur le quinquennat (et 70 000 dans la fonction publique territoriale). Combien allez-vous supprimer de postes en 2019 ?

Le sujet des effectifs n’est pas l’alpha et l’omega de la politique du gouvernement en la matière. Prenons le temps de réfléchir pour ne pas tomber dans une méthode purement arithmétique où nous ferions des coupes à l’aveugle. Les départs à la retraite (entre 130 000 et 160 000 dans les cinq à sept ans qui viennent), les évolutions technologiques et le développement du numérique peuvent nous permettre d’atteindre cet objectif sans remettre en cause la qualité et l’accessibilité de notre service public. Le travail commencera en toute logique avec le prochain budget.

Mais quand ferez-vous les premières annonces sur la réforme de l’Etat?

Dans les semaines qui viennent, le comité d’experts Action publique 2022 (CAP22) rendra son rapport au Premier ministre.

La remise de ce rapport tarde… Pour ne pas mettre d’huile sur le feu social ? On sait que des propositions «chocs» pourraient être formulées…

Nous voulons un rapport qui soit solide et le plus possible documenté. Un certain nombre de propositions, plus ou moins disruptives, seront faîtes par ce comité d’experts. Ce rapport n’engage pas le Gouvernement et une phase de concertation avec les différentes parties prenantes s’ouvrira à la remise de celui-ci. Le Premier ministre rendra publiques ensuite les décisions qui auront été prises par le gouvernement avec un seul objectif : poursuivre la transformation de l’action publique et la modernisation du service public. Mieux vaut donc prendre un peu plus de temps pour disposer, in fine, d’un document complet qui allie propositions et évaluation financière.

Pourquoi les syndicats et les responsables de gauche ont-ils la mauvaise impression que ce gouvernement va «détruire les services publics» ?

Ces dernières années, à chaque fois qu’un gouvernement a initié une réforme de la fonction publique, il l’a fait uniquement avec un prisme budgétaire. Du coup, toute réforme en la matière devient anxiogène. Mais je le répète : nous ne remettrons pas en cause le statut des fonctionnaires. Il y aura des ajustements, une modernisation mais pas de remise en cause.

Quand les agents entendent «ajustements» et «modernisation», ils comprennent surtout «remise en cause»…

Les mots ont un sens. Si nous avions voulu remettre en cause le statut, nous l’aurions dit.

Pourquoi les Français ne perçoivent-ils pas le caractère «équilibré», selon vous, de la politique du gouvernement ?

Peut-être parce qu’il faut du temps, même si je reste persuadé qu’à l’échelle du quinquennat les choses seront perçues différemment. Je suis convaincu par exemple qu’à la fin de l’année 2018 les Français verront que leur pouvoir d’achat a véritablement augmenté.

Mais quand Emmanuel Macron est consacré par Forbes comme «chef de file des marchés» ou que Jean-François Copé estime qu’il mène une «politique de droite» et qu’il s’en félicite, l’ancien responsable du Parti socialiste que vous êtes n’est-il pas gêné ?

Ce ne sera pas la première fois que je ne suis pas d’accord avec Jean-François Copé… La politique mise en œuvre s’appuie sur le programme d’Emmanuel Macron pour lequel j’ai voté et pour lequel bon nombre de socialistes ont aussi voté.

La suppression de l’exit-tax n’était pas prévue au programme par exemple…

Cette histoire, c’est beaucoup de bruit pour une mesure particulièrement inefficace…

C’est surtout très symbolique !

Les symboles en politique sont parfois intéressants mais quand le symbole est inefficace, ça ne sert pas à grand-chose. Je vais plutôt vous citer des exemples concrets qui concernent la fonction publique et qui prouvent le caractère équilibré de notre politique. Avec les organisations syndicales, nous travaillons sur les indemnités relatives au transport et à l’hébergement pour que les agents publics n’aient plus à mettre de leur poche lorsqu’ils partent en déplacements professionnels. Nous allons aussi renforcer les outils pour lutter contre les inégalités femmes-hommes : nous voulons par exemple élargir la liste des emplois où l’équilibre des nominations entre les femmes et les hommes deviendra obligatoire. Nous allons également faire des efforts supplémentaires sur l’intégration des travailleurs handicapés et nous souhaitons enfin lutter contre la précarité en améliorant les conditions de travail et la représentation des contractuels. Tous ces sujets sont peu évoqués mais participent, pourtant, à une amélioration réelle des conditions de vie et de travail des agents dans la fonction publique.

Peut-être manque-t-il justement une mesure sociale symbolique. On a quand même l’impression que les ministres de droite de ce gouvernement n’ont pas eu grand-chose à renier en cette première année de quinquennat, au contraire des ministres de gauche…

Ce n’est pas mon cas. Lorsqu’on dédouble les classes de CP, lorsqu’on met en place des outils d’accès à la culture, lorsqu’Agnès Buzyn annonce qu’elle veut revoir la tarification à l’activité pour garantir la présence des hôpitaux en zone rurale, lorsqu’on consacre plus de moyens à la formation professionnelle, dans le privé comme dans le public… Est-ce une politique de droite ? Je ne le crois pas.

Vous vous sentez donc à l’aise dans ce gouvernement…

A l’aise et utile.

Avez-vous reçu votre lettre d’exclusion du PS ?

Non. Et ce n’est ni une question, ni un problème.

Allez-vous adhérer à La République en marche (LREM) ?

Non. Et ce n’est ni une question ni un problème. Je suis membre du gouvernement, de la majorité présidentielle, heureux de ce que je fais et fier d’être utile.

 

Commentaires Facebook