Pour retrouver mon interview dans Le Monde daté du 8 décembre. Je reviens sur ce qui m’a amené à accepter de rejoindre le Gouvernement et ma feuille de route des temps à venir.

Votre nomination a suscité des critiques acerbes au Parti socialiste. Que répondez-vous au procès en “trahison” qui vous est fait ?

Je ne  commenterai pas les petites phrases. Ce n’est ni ma méthode, ni mon éducation. J’ai gagné avec le PS cinq élections – trois législatives et deux municipales- et toujours avec le logo du “Poing à la rose”. Je ne suis pas sûr que celles et ceux qui me donnent des leçons aient toujours été aussi clairs sur leur appartenance à cette famille politique.

En 2014, Manuel Valls vous avait promis un portefeuille que vous n’avez pas eu.  Ne prenez vous pas votre revanche?

La seule revanche que j’assume de prendre, c’est celle sur le déterminisme social. Je suis né, j’ai grandi et j’ai choisi de m’implanter politiquement où je suis né, en Ardèche, à Annonay. Mes parents étaient tous les deux ouvriers. Je suis issu d’une famille dans laquelle suivre des études supérieures et occuper des fonctions qu’on a choisies -pour ce qui me concerne devenir maire, parlementaire puis membre d’un gouvernement- n’était pas naturel sociologiquement. La revanche sur l’inégalité des chances, l’émancipation individuelle, ce sont les moteurs de mon engagement politique.

Vous attendiez-vous à être exclu du PS le jour de votre nomination ? 

Je ne m’attendais pas à ce que le PS  m’envoie une brassée de roses. Mais dire que j’ai bien vécu mon exclusion aussi rapide serait un mensonge. Certains socialistes dans les années passées ont été exclus de façon moins lapidaire, pour des actes plus graves que d’entrer augouvernement. Le PS doit s’inscrire dans la recomposition du paysage politique et retrouver un espace, celui de la social-démocratie. La meilleure façon d’y arriver passe selon moi par le rassemblement, non par l’exclusion.

Vous avez été successivement proche de Benoît Hamon, Martine Aubry, Manuel Valls. Quelle est la logique de ce parcours ?

J’ai adhéré au PS à 21 ans. A cette époque, quand on adhérait jeune, on était assez généralement proche du courant animé par Benoît Hamon. Il y a un certain nombre de désaccords qui sont apparus au fil du temps. Je pense notamment au revenu universel lors de la campagne présidentielle. Après, à chaque fois que j’ai fait un choix pour une primaire, j’avais une boussole : soutenir celui ou celle qui me paraissait être le ou la meilleure pour porter nos couleurs.

Vous parlez de cohérence mais vous avez voté contre le budget 2018, pour vous retrouver quelques jours plus tard à Bercy…

Il y a un élément qui me caractérise depuis que je suis parlementaire, c’est la discipline de groupe. Ça ne veut pas dire qu’on m’a tordu le bras. Si vous reprenez les expressions que j’ai eues à l’occasion de l’examen du budget vous verrez qu’il y avait des interrogations, des propositions d’amendements, mais pas de condamnation de ma part. Plus largement, le PS est dans une opposition de plus en plus mécanique au gouvernement. Je ne partage pas cette option-là.

Votre nomination n’est-elle pas une façon pour Emmanuel Macron de fracturer encore un peu plus le PS?

C’est tout à l’honneur du Président de la République de poursuivre et d’assumer la recomposition politique par les élargissements successifs de sa majorité, pour répondre aux enjeux cruciaux que connaissent le pays et nos concitoyens. Je ne suis pas convaincu que mon seul sort soit de nature à fracturer plus le PS qu’il ne l’était auparavant.

Vous vous sentez toujours socialiste? 

Je pense et j’espère qu’il y a dans notre pays plus de socialistes que d’adhérents au Parti socialiste. Ma famille politique, c’est le socialisme, la social-démocratie. Je reconnais à Emmanuel Macron cette capacité à rassembler des gens avec des parcours extrêmement différents. J’appartiens pleinement à la majorité présidentielle.

Mais ce qu’il  entend mettre en œuvre n’a rien à voir avec le socialisme…

Je comprends que certaines mesures économiques soient perçues comme étrangères à ce courant de pensée. Elles sont nécessaires pour restaurer nos finances publiques et renforcer l’attractivité de notre pays. Mais sur l’éducation, l’accès à l’université, le renforcement des moyens pour l’intérieur et la justice, en quoi la politique menée est-elle éloignée de l’idéal que je poursuis ? En rien ! Le Président de la République et le gouvernement conduit par Edouard Philippe sont résolument progressistes. Je le suis aussi.

A Bercy, comment allez-vous travailler avec vos adversaires politiques d’hier ?

Au cours des dernières années, nous avons eu avec Gérald Darmanin des moments d’affrontements, au sens politique du terme, mais toujours dans un respect personnel. Nous avons en commun nos  parcours d’élus locaux. Il y a aussi des ressemblances dans nos histoires respectives.

Ce qui nous réunit aujourd’hui, c’est la mise en œuvre du programme présidentiel.

Quels seront vos principaux chantiers? 

En tant que secrétaire d’Etat auprès de Gérald Darmanin, je serai particulièrement appelé à suivre les dossiers de la fonction publique  et le nouveau partenariat financier entre l’Etat et les territoires. Je serai également très mobilisé sur d’autres chantiers majeurs, comme la réforme du financement des allocations individuelles de solidarité ou celle de  la fiscalité locale, au-delà de la suppression programmée de la taxe d’habitation.

La suppression de 120 000 postes de fonctionnaires sur le quinquennat est-il un objectif que vous comptez atteindre? 

La suppression de 120 000 postes suite aux départs à la retraite est un engagement du président de la République, un objectif qui doit être atteint pour permettre le rétablissement de nos comptes publics. Mais l’alpha et l’omega de la politique que nous menons, c’est la transformation de l’action publique, la garantie de la qualité du service rendu aux usagers. Cela, nous pouvons le faire en maîtrisant la question des effectifs.

Diriez-vous qu’il y a  trop de fonctionnaires en France ?

Je n’aborderai jamais le sujet sous cet angle-là. Car cela laisserait entendre que tel ou tel agent ne serait pas utile. Ma méthode, c’est le dialogue social, sur tous les sujets : ceux relatifs aux effectifs et aux rémunérations, comme ceux relatifs à l’égalité femmes hommes, aux conditions de travail, ou encore à la protection sociale complémentaire.
En août, vous jugiez que l’effort d’économies de 13 milliards demandé aux collectivités n’était pas tenable. Vous avez changé d’avis? 

J’assume de dire que cet effort est important, d’autant que les collectivités ont été fortement mises à contribution sous les quinquennats précédents. Mais j’approuve, comme de nombreux élus locaux, la méthode du gouvernement, qui consiste à proposer aux 319 plus grosses collectivités de contractualiser avec l’État pour s’engager à modérer la hausse de leurs dépenses de 13 milliards d’euros sur le quinquennat. Si elles jouent le jeu, l’objectif sera atteint. Ce n’est pas une politique aveugle. L’effort pourra être adapté en fonction des contraintes ou caractéristiques de chaque collectivité.

Le rôle que vous allez jouer dans les négociations financières et fiscales avec les collectivités renforce le poids de Bercy. Les relations avec les élus, n’est-ce pas la mission du ministère de l’intérieur? 

Le ministère des collectivités reste le ministère de l’intérieur. Et je n’oublie pas le rôle du Ministère de la cohésion des territoires. Mais en matière de fiscalité et de finances locales, Bercy est évidemment incontournable. Les transferts financiers de l’État aux collectivités frisent les 100 milliards d’euros. Pour le ministère des Comptes publics, c’est naturellement un enjeu majeur. Avec Gérard Collomb, Jacqueline Gourault et Jacques Mézard, nous nous connaissons bien, nous travaillerons ensemble.

La taxe d’habitation sera-t-elle totalement supprimée d’ici  2020?

La taxe d’habitation sera supprimée au cours des trois prochaines années pour 80 % des foyers. Comme l’a rappelé le Président de la République devant les Maires de France, l’Etat compensera au centime près ces recettes aux collectivités par un système de dégrèvementdynamique. C’est acquis pour les trois années de réforme-suppression. Au-delà, le Président aposé la bonne question : la taxe d’habitation n’a-t-elle pas vocation à être complètement supprimée à terme ? Il faut saisir l’opportunité pour réfléchir, avec les collectivités réunies dans le cadre de la Conférence Nationale des Territoires, à une réforme globale de la fiscalité locale.

Allez-vous plaider pour un report des municipales à 2021 ?

Spontanément et personnellement, je dirais que 2020 est une bonne date mais les implications juridiques sont lourdes et la décision ne m’appartient pas .

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