Vous allez être celui qui va supprimer 120 000 postes de fonctionnaires. Que répondez-vous à ceux qui disent que vous allez “tuer la fonction publique” ?

Le Président de la république a fixé pour objectif, d’ici à 2022, la modernisation de la fonction publique, considérant que nous pouvons rendre un service public de qualité avec un effectif inférieur à celui que l’on connait aujourd’hui. Le service public Français compte 5 480 000 agents publics répartis dans les trois versants de la fonction publique (territoriale, État, hospitalière). L’objectif est de réduire les effectifs de 120 000 équivalents temps plein, tout en préservant la qualité du service rendu et en profitant des départs à la retraite. Mais la politique du gouvernement ne se résume pas à un chiffre. Nous avons quatre gros chantiers pour conduire la rénovation de la fonction publique et en parallèle un agenda social qui se poursuit, avec des groupes de travail sur différents sujets comme la lutte contre la précarité, l’égalité femme/homme, ou encore la question de la protection sociale complémentaire.

Quels sont les chantiers prioritaires ?

Le premier, c’est l’amélioration du dialogue social, que l’on peut rendre plus fluide et donc probablement plus efficace. Le 2e, c’est la question du mode de recrutement. Nous pensons que pour certaines missions ponctuelles, d’ingénierie spécifique ou de mise en œuvre de politiques publiques (type politique de la ville ou d’aménagement du territoire), nous devons faciliter le recours au contrat de travail plutôt qu’au statut de fonctionnaire. Autre chantier : la question de l’individualisation des rémunérations pour tenir compte de l’engagement professionnel des agents dans l’exercice de leurs missions. Certains parlent de “mérite”. Je ne suis pas persuadé que c’est le meilleur des termes mais il est clair que les rémunérations doivent désormais comporter une part qui soit plus individualisée, pour être plus attractive aussi, et qui reconnaisse l’implication collective ou individuelle des agents. Le 4e chantier est celui de l’accompagnement renforcé des agents dans leur projet de formation, de mobilité et de reconversion. Mobilité d’un métier à l’autre, et mobilité lorsque c’est le souhait des agents, vers le secteur privé, soit à titre individuel, ou bien suite à un projet de réorganisation de tel ou tel service public qui ne correspondrait plus à un besoin manifeste. C’est dans ce cadre que l’on évoque la possibilité de mettre en place des plans de départs volontaires. Mais en soulignant bien que ça ne supprime pas le droit au reclassement, qu’il s’agit d’une possibilité en plus, et pas d’un droit en moins pour les agents publics.

Vous dites que deux outils ont été créés pour accompagner cette réforme. Lesquels ?

Nous mettons sur la table un schéma national de formation qui sera prochainement rendu public. Il a vocation à accompagner les agents pour faire face à un certain nombre de mutations (digitales notamment), et à leur donner la possibilité de faire valoir leurs droits dans le cadre du compte personnel de formation. En plus des crédits habituellement consacrés à la formation, le Président de la République a souhaité ajouter 1,5 milliard d’euros sur cinq ans. Second outil : la mise en place, pour les administrations d’État, d’un plan de modernisation de 700 millions d’euros, dont 200 dès cette année.  C’est la première fois que l’on accompagne des transformations publiques par un vrai plan d’investissement de cette nature.

Certains estiment que cette réforme est brutale…

Je réfute cet adjectif. Je peux comprendre certaines inquiétudes, d’autant que depuis 20 ans, à chaque fois qu’il s’est agi de réformer la fonction publique, cela a été fait par le seul prisme financier. Ce temps-là est derrière nous. La méthode voulue par le Président de la République et le Premier ministre est celle de la concertation, qui va durer une année. Du jamais vu dans la fonction publique. Nous avons décidé de nous donner collectivement ce temps long, pour véritablement aborder les bonnes questions : quelles sont les missions des agents et le sens de celles-ci ? Qu’est-ce que l’on attend du service public du XXIe siècle ? Comment fluidifier le dialogue social pour le rendre plus efficace ? Il y a longtemps que l’on n’a pas eu tous ces débats de fond.

Comment se passe justement le dialogue avec les syndicats ?

J’ai rencontré les neuf organisations syndicales de la fonction publique à deux reprises. Aucune d’entre elles ne refuse le débat, c’est déjà un élément positif. Mon objectif est que, dans l’année qui vient, nous puissions avancer et trouver des propositions qui rassemblent le plus largement possible. Voilà l’état d’esprit qui est le mien. Je le répète, nous sommes ouverts au dialogue.

Plusieurs syndicats ont dit craindre que vous ayez peu de marge de manœuvre…

Je crois pouvoir dire qu’ils se trompent. Je dispose de la confiance du Président de la République, du Premier ministre et de mon collègue Gérald Darmanin (son ministre de tutelle, NDLR) pour avancer sur tous ces sujets. Si tout était déjà ficelé, il n’y aurait pas un an de concertation comme je vous le disais.

Des études d’opinion ont montré que les Français et les fonctionnaires étaient favorables à certaines mesures comme le plan de départ volontaire ou la rémunération au mérite.  Cela vous met en confiance pour la suite ?

Je vois les études d’opinion mais pour autant elles ne sont pas notre boussole. A travers ce chantier de modernisation de la fonction publique, nous voulons tisser un nouveau lien de confiance entre nos concitoyens et le service public, ce bien commun le plus précieux, et nous assurer qu’il va être en mesure de répondre aux besoins des Français. Des besoins dont je rappelle qu’ils ne sont plus nécessairement les mêmes qu’il y a vingt ans. Dans le même temps, nous voulons redonner de la fierté aux fonctionnaires qui assurent et animent le service public dans tous les territoires, en leur donnant de meilleurs outils et en les accompagnant de diverses manières, notamment au travers de la formation.

ENCART n°1

Comment se sont passés ces trois derniers mois depuis votre nomination ?

C’est très intense et j’ai sentiment d’être utile. Je mesure, après ces trois mois, la responsabilité et l’honneur de travailler au sein du gouvernement. Etre à la hauteur des responsabilités qui sont les miennes, c’est ma seule ambition aujourd’hui.

Des socialistes, souvent des amis, ont eu des mots très durs à votre encontre. Marylise Lebranchu a regretté, dernièrement dans Libération, que vous ayez fait “un choix de carrière”. Que leur répondez-vous ?

J’ai fait un choix d’intérêt général. Je ne commente pas les petites phrases, je les laisse pour ce qu’elles sont. La seule chose qui m’intéresse, c’est d’être utile, et de mener à bien les missions qui m’ont été confiées par le Président de la République et le Premier ministre.

Le Parti socialiste est aujourd’hui derrière vous ?

Je suis un progressiste et social-démocrate. Mais clairement et pleinement engagé dans la majorité présidentielle. Je pense que la recomposition politique n’est pas terminée. Les mois qui viennent seront l’occasion de voir qu’un certain nombre de choses vont encore bouger et changer.

Entrer au gouvernement, c’était un rêve de gosse ?

Non, car enfant je n’ai jamais pensé être un jour maire, ni même député.

Alors c’était un rêve de député ?

Je respecte l’engagement que j’avais pris lors de la campagne (pour les législatives, NDLR). J’avais souhaité la réussite du quinquennat, et dit que je voulais être utile, mais aussi constructif. Les responsabilités qui sont aujourd’hui les miennes sont cohérentes avec mes valeurs. Je considère, aussi, que quand on se voit proposer de telles responsabilités par le Président de la République, et que par ailleurs l’on est en accord avec le projet progressiste qu’il porte depuis son élection, on n’a pas le droit de refuser de servir son pays. Ce n’est donc pas un rêve, c’est un devoir. Un devoir qui rencontre également une passion, celle de servir l’intérêt général.

ENCART n°2

L’affaire Darmanin peut-elle nuire à la mise en œuvre de cette réforme ?

«La première plainte a été classée sans suite pour la deuxième fois. Une seconde plainte est en cours et je laisse la Justice faire son travail. Je peux vous assurer que Gérald Darmanin est concentré sur sa tâche de ministre et que cela est sans impact sur notre travail et notre collaboration au quotidien. »

ENCART n°3

Economies : les collectivités devront « maintenir leurs efforts »

On présente souvent Olivier Dussopt comme secrétaire d’État à la Fonction publique mais il y a un deuxième dossier qui l’occupe « quotidiennement » : le volet financier du nouveau partenariat entre l’État et les territoires. Il vient ainsi de présider, pour Bercy, le premier comité de suivi des contrats que l’État aimerait passer avec les 322 plus grandes collectivités, parmi lesquelles, le Département de la Drôme, celui de l’Ardèche et l’agglomération valentinoise. Et d’expliquer : « Les dotations de l’État aux collectivités baissaient depuis plusieurs années. Cette année, pour la première fois depuis longtemps, elles n’ont pas baissé ! Mais cela entraîne deux contreparties. On demande aux collectivités de maintenir les efforts d’économies faits depuis trois ans. Et on demande, pour les 322 plus grandes collectivités (qui représentent plus de 70 % des dépenses locales de fonctionnement) de signer des contrats pour encadrer l’évolution des dépenses, qui ne devront pas augmenter de plus de 1,2 % par an. » En clair : l’État s’engage à ne pas baisser ses dotations si les contrats sont tenus. « C’est un gros chantier, un vrai changement dans la relation entre les collectivités et l’État, fondée sur la confiance », note le secrétaire d’État. En parallèle, Olivier Dussopt participe aux travaux sur la réforme de la fiscalité locale. « Puisqu’en 2020 la taxe d’habitation sera supprimée, nous travaillons pour garantir aux collectivités des ressources, sans augmentation de la pression fiscale pour les Français », explique-t-il. Autre chantier, qui touche principalement les Départements : les modalités de financement des allocations individuelles de solidarités. Si le nombre de bénéficiaires du RSA (Revenu de solidarité active) a tendance à baisser ces derniers temps, en même temps que le nombre de chômeurs, les bénéficiaires de l’APA (Allocation personnalisée d’autonomie) et de la PCH (Prestation de compensation du handicap) augmentent et les prestations ont été améliorées, ce qui entraîne un surcoût pour les conseils départementaux. Ces derniers sont par ailleurs compétents en matière d’accueil des mineurs non accompagnés, y compris ceux d’origine étrangère. Ils doivent, depuis quelques années, faire face à une augmentation du nombre de dossiers à traiter et, là encore, à un surcoût. « Nous avons majoré cette année la participation de l’État à l’Aide sociale à l’enfance. Ça nous laisse 2018 pour trouver des modalités de prises en charge », annonce Olivier Dussopt.

 

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