Le quotidien Les Echos publie ce lundi 8 octobre une édition spéciale entièrement réalisée par des parlementaires. Sous la houlette de Philippe ESCANDE, éditorialiste, Benoit APPARU, député UMP de la Marne, François DE RUGY, député Vert de Loire Atlantique, et moi-même avons rédigé chacun un « point de vue », pour les pages « Idées » du quotidien. Le thème retenu est celui de l’âge de la retraite. A noter, nous sommes tous les trois parmi les plus jeunes députés de cette législature… Vous trouverez ci-après mon « point de vue ». Cette journée à la rédaction des Echos fut une belle expérience et m’a aussi permis de découvrir le fonctionnement d’un quotidien national.

Il n’y a pas un âge juste pour la retraite

“le bon âge est celui qui permet à chacun de bénéficier de la même durée moyenne de retraite et d’une fin de vie dans le repos plutôt que le labeur.”

Existe-t-il un âge juste pour partir à la retraite ? Le débat fait rage. La tentation est grande, lorsque la volonté n’est pas clairement avouée, d’opposer ceux qui seraient des privilégiés à ceux qui travailleraient durs pour une maigre retraite. C’est ainsi que le système de retraite est remis en cause. Morceau par morceau, régime spécial par régime spécial.

La sujétion des revenus financiers aux cotisations sociales, le règlement par l’Etat de sa dette sociale sont des réponses, certes partielles, à la question du financement. Le rééquilibrage du partage de la richesse produite entre la rémunération du travail et celle du capital en est une autre. La part croissante de richesse affectée à la rémunération du capital a pour conséquence de réduire la part actuellement mise à contribution pour le financement de la protection sociale. Cela minimise d’autant plus les arguments quant à l’urgente nécessité d’allonger la durée de cotisation et de relever l’âge de départ. Et ce d’autant plus que les relèvements réguliers de cette durée de cotisations ne se sont pas traduits par un relèvement égal de l’âge effectif de départ.

Le débat sur la durée de cotisation peut cependant aussi être ouvert et avec lui, celui de l’âge de la retraite. En la matière, le critère de pénibilité doit être considéré comme déterminant. La tâche reste entière.

Le degré de pénibilité du travail n’est pas connu pour tous les métiers. Les statistiques restent à construire pour être efficaces. Le stress, les cadences et leurs niveaux, la précarité, sont autant de facteurs à prendre en compte. L’espérance de vie doit aussi être intégrée comme outil de mesure. A  titre d’exemple, celle des cadres est toujours très supérieure à celle des ouvriers. Les instruments de mesure de la pénibilité sont rares et devront aussi tenir compte de l’évolution des conditions de travail.

Cette question de la pénibilité ne doit pas être l’alibi d’une réforme dont leur seul objectif serait d’augmenter la durée de cotisation sans plus d’efficacité sociale. Elle ne doit pas non plus occulter la question des carrières longues pour tous ceux qui voient aujourd’hui menacée la possibilité de jouir de leur retraite avant soixante ans dès lors qu’ils ont suffisamment cotisé. Tenir compte de la peine à la tâche ne doit pas nous amener à remettre en cause la volonté exprimée d’offrir à chacun une situation matérielle digne à tous les âges de la vie.

Dans le cadre d’un système solidaire, et au financement équilibré grâce à une juste contribution de tous les revenus et de tous les acteurs, le bon âge pour la retraite doit être celui que l’on atteint après avoir apporté la participation jugée équitable au financement du système social. Dans le cadre d’un système de protection solidaire, le bon âge est aussi celui au-delà duquel le maintien en activité s’apparente à une souffrance. En tout état de cause, garantir le droit à une retraite correcte à soixante ans paraît une évidence, sans nécessairement devoir être une obligation de départ.

Dans le cadre d’un système solidaire qui voudrait d’abord tenir compte des efforts et de la dureté des conditions de travail, le bon âge est celui qui permet à chacun de bénéficier de la même durée moyenne de retraite et d’une fin de vie dans le repos plutôt que le labeur. Dignement, c’est-à-dire aussi en garantissant un niveau de pensions acceptable.

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